La ruche « Flow Hive »

La ruche “flow hive” ou ruche à écoulement (en français)

Cette ruche présentée comme révolutionnaire a été conçue et mise au point par deux australiens: Stuart et Cedar Anderson. Son principe de fonctionnement repose sur l’idée que lorsque l’apiculteur vient enlever les hausses pleines de miel, une fois la floraison terminée, il perturbe les abeilles en ouvrant la ruche, les écrase, voire les “noie dans le miel”.

Les Anderson ont donc conçu un système de hausses avec des cadres en plastique composés d’une partie fixe et d’une partie mobile.

La partie mobile est activée par une clef manipulée de l’extérieur par l’apiculteur. Cette partie mobile coulisse verticalement vers la partie supérieure des cadres, ouvrant ainsi les alvéoles en deux. Le miel peut ainsi  s’écouler par gravité pour être récupéré dans des collecteurs situés à l’extérieur de la ruche.

La ruche flow hive et le miel récolté

Objections

Reprenons les arguments avancés en faveur de cette ruche.

Retirer les hausses perturbe les abeilles

Comment s’effectue la récolte du miel avec des ruches classiques? Elle s’effectue en deux temps.

Dans un premier temps, l’apiculteur retire les hausses des ruches et les rapporte à la miellerie. Pour ce faire, il peut procéder de trois façons. Après avoir légèrement enfumé la ruche (1), et enlevé toit et couvre-cadres,

  • il prélève les cadres de hausse un par un et, après les avoir débarrassés à l’aide d’une balayette des abeilles s’y trouvant, les remet dans une hausse vide qui sera rapportée à la miellerie. Ce procédé assez long ne peut être envisagé que lorsqu’on possède quelques ruches. Ceci doit s’effectuer dans le plus grand calme et par beau temps.
  • il soulève la hausse et insère un plateau chasse-abeilles entre le corps de ruche et celle-ci. Les abeilles redescendront dans le corps de ruche au cours de la nuit et le lendemain, la hausse sera vide d’abeilles. Il n’aura plus qu’à la retirer sans avoir perturbé les abeilles.
  • il sépare la hausse du corps de ruche, et près l’avoir placée verticalement sur le toit de celle-ci, chasse les abeilles à l’aide d’un souffleur. Elles reviendront ensuite à la ruche.

La récolte est effectuée en pleine journée, par beau temps et dans le calme. A ce moment, les butineuses sont en majorité à l’extérieur de la ruche, il n’y a que peu de perturbations et aucune raison d’écraser les abeilles.

L’apiculteur risque d’emmieller les abeilles

Avant d’effectuer la récolte, il convient de s’assurer que les cadres sont bien operculés, c’est-à-dire que les abeilles ont bien obturé chaque alvéole par le dépôt d’une fine couche de cire. Ceci indique à l’apiculteur que le miel ne contient plus qu’environ 17% d’eau et peut être récolté sans risque de fermenter.

Dans ces conditions, le miel ne peut s’écouler et les abeilles ne risquent pas d’être emmiellées (“noyées” dans le miel).

Une fois les hausses vidées de leurs abeilles, et rapportées à la miellerie, les cadres sont sortis un par un, désoperculés, c’est-à-dire débarrassés de l’opercule de cire qui ferme les alvéoles, et mis dans un extracteur afin d’en extraire le miel par la force centrifuge. Là non plus, aucun risque d’emmieller les abeilles.

Miel s’écoulant de la ruche flow hive

Discussion

Ce système permet de ne pas ouvrir les ruches

1. Même à une époque, pas si ancienne que cela, où l’apiculture ne connaissait ni Varroa Jacobsoni (varroa), ni Vespa Velutina (frelon asiatique), ni les pesticides, il convenait d’ouvrir les ruches à plusieurs reprises dans  l’année, et ce pour plusieurs raisons:

  • au début du printemps, pour s’assurer qu’une reine était toujours présente dans la ruche et qu’elle pondait dans des conditions satisfaisantes
  • au cours du printemps, notamment pour
    • surveiller le développement de la colonie afin de prévenir l’essaimage
    • prélever des cadres en vue de faire de nouveaux essaims
    • introduire des cadres de cire gaufrée pour remplacer par roulement les vieux cadres
  • à l’automne, notamment pour
    • remplacer une reine vieillissante ou ne donnant pas satisfaction
    • regrouper des colonies trop faibles pour passer l’hiver
    • s’assurer que les colonies avaient des provisions suffisantes pour passer l’hiver, et à défaut les nourrir

Ouvrir les ruches était donc déjà une nécessité. Et la ruche “flow hive” n’échappe pas à la règle!

2. Comment s’assurer que le miel peut être récolté?

Lorsque les butineuses rapportent le nectar à la ruche, il contient environ 80 % d’eau. Par le travail effectué par les abeilles, introduction d’enzymes salivaires, le nectar est transformé en miel. Pour qu’il puisse se conserver, les abeilles doivent en outre faire baisser sa concentration en eau à un seuil d’environ 17%. A ce moment-là, elles l’operculent (voir ci-dessus). A défaut, une fermentation rapide avec production d’alcool interviendrait. La seule façon pour l’apiculteur de s’assurer que les hausses peuvent être enlevées, est donc de vérifier que les cadres sont bien operculés.

Ouvrir les ruches est là-encore une nécessité.

Cas des miels épais

Les miels de printemps sont généralement assez épais, et pour certains cristallisent très rapidement, y compris dans les cadres. Leur écoulement aura les plus grandes difficultés à se faire, voire sera impossible. Les cadres n’étant pas vidés que deviendront-ils???

Nécessité d’une grille à reine

Dans la ruche “flow hive”, les hausses ne doivent contenir que du miel. Au printemps, lorsque la ruche est à son plus fort développement, le corps est plein de couvain, de miel ou de pollen, généralement des trois, et la reine n’a plus la place de pondre. L’apiculteur a alors deux solutions:

  • retirer des cadres de couvain et de provisions en les remplaçant par des cires gaufrées pour faire de la place, et dans ce cas la reine pourra poursuivre sa ponte
  • ou mettre en place une ou plusieurs hausses. S’il n’a pas placé de grille à reine (2), la reine va monter pour y poursuivre sa ponte et les abeilles y stockeront du pollen

Si l’apiculteur n’ouvre pas la ruche pour s’assurer de la maîtrise de son développement, et si la reine est productive, le risque d’essaimage est grand,  et l’espérance d’une récolte dans la saison fort réduite.

Dans le cas de la ruche “flow hive”, si l’apiculteur ne met pas de grille à reine, la hausse va contenir couvain et pollen. Lors de la récupération du miel,  le couvain sera détruit, et le pollen (devenu pain d’abeilles) risque d’entraver le bon fonctionnement du mécanisme.

Fragilité du système

Certaines races d’abeilles propolisent (3) fortement l’intérieur des ruches, au point de rendre très difficile l’extraction des cadres. D’autres, manquant de place, bâtissent des constructions en cire dans tous les espaces disponibles. Dans ces deux cas de figure, le mécanisme d’ouverture des alvéoles a toutes chances d’être bloqué et de se briser si l’apiculteur force pour le faire fonctionner.

Partie fixe et partie mobile du cadre de la ruche flow hive

Mutilation des abeilles

Lors de l’ouverture des alvéoles pour récupérer le miel, les abeilles restent sur les rayons. Le risque est grand que bon nombre d’entre elles se retrouvent coincées entre la partie mobile et la partie fixe lorsque l’apiculteur va refermer le système.

Opercules

Après que l’apiculteur ait récupéré le miel, les abeilles vont déchirer tous les opercules pour pouvoir remplir à nouveau les alvéoles. Ces opercules qui représentent des quantités importantes de cire risquent fortement en se ramollissant par fortes chaleurs, de bloquer eux aussi le mécanisme.

D’autre part, tout apiculteur a besoin d’acheter de la cire gaufrée (ou de la produire lui-même) pour préparer de nouveaux cadres, soit en vue de remplacer ceux qui ont quelques années, soit en vue de se développer.

La cire étant d’un coût élevé, il remet généralement à son fournisseur la cire d’opercules pour en diminuer le coût d’acquisition. Dans le cas de la “flow hive”, la cire ayant séjourné longtemps dans la ruche, ne pourra plus être considérée au même titre que dans les ruches classiques avec hausses, et sera soit fortement dévalorisée, soit purement et simplement refusée par le fournisseur.

Pillage

Ceci est sans doute l’un des inconvénients majeurs de ce type de ruche. Lors de la récupération du miel, les cadres de hausse vont conserver une certaine quantité de miel qui n’aura pas eu le temps de descendre dans les récipients destinés à le récolter. Ceci va entraîner un pillage systématique des ruches par les colonies du rucher ou d’un rucher voisin, entraînant des désordres importants, avec de fortes mortalités et risque de transmission de maladies.

Responsabilité de l’apiculteur

Certaines vidéos ayant présenté la ruche “flow hive” et certains commentaires, mettent en avant le fait que la possession d’une telle ruche ne pose plus de problème pour les personnes n’ayant aucune connaissance de l’apiculture puisqu’il n’y a pas de nécessité de l’ouvrir.

Devenir propriétaire d’une ruche implique les mêmes devoirs et les mêmes responsabilités que d’être propriétaire de tout autre animal. Il faut en prendre soin, la nourrir et la soigner. Que l’on devienne apiculteur pour son loisir ou pour en vivre, cela s’apprend. S’il est possible d’apprendre les bases théoriques dans des manuels, cela ne suffit pas, tant s’en faut! La connaissance ne s’acquiert que par la pratique, donc ruche ouverte, et cadres sortis de la ruche quand il le faut. Et toute intervention sur une ruche doit avoir sa raison d’être.

 

Conclusion

De même qu’il existe des chiens “de salon”, la ruche “flow hive” ne peut être qu’une ruche de salon. Pour les nombreuses raisons évoquées ci-dessus, et sans évoquer les prix annoncés, prohibitifs, aucun apiculteur responsable ne pourra envisager de faire de l’apiculture durablement avec ce type de ruche.

Pour de plus amples renseignements cf. : Quel type de ruche choisir

(1) Enfumer la ruche consiste à introduire une fumée aussi froide que possible par le bas de la ruche pour prévenir les abeilles de l’intervention de l’apiculteur. De même qu’avant de pénétrer chez quelqu’un il est de bon ton de frapper à la porte, avant d’ouvrir une ruche il est recommandé de les prévenir.

(2) Grille à reine: grille placée entre le corps de ruche et la première hausse permettant aux abeilles de passer de l’un à l’autre, mais pas à la reine. Ainsi elle ne pourra pas venir pondre dans la ou les hausses.

(3) Propoliser: action d’enduire de propolis

 

 

Crédits photos

  • Un blog pour les abeilles 19 mars 2015
  • Bioalaune 24 février 2015
  • La ruche essaime 26 février 2015

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